Un petit tour chez la psy

Il y a quelques jours, nous sommes allés rencontrer une psychologue, parce que je pensais ne plus avoir les clés pour répondre aux besoins de Maxi Crapule. Il s’est passé pas mal de choses chez les Crapules ces derniers temps, le déménagement,  le changement de chambre, le changement de lit, les disputes entre les parents…tout ceci a provoqué de petits soucis chez Maxi, comme des cacas parterre ou des dodos dans le lit de papa et maman. Maxi Crapule étant assez sensible, j’ai ressenti le besoin de demander de l’aide à une professionnelle.

C’est comme ça que, sur les conseils d’une collègue, nous nous sommes retrouvés chez elle. Et ça a plutôt mal commencé…

L’accueil

Situé dans un appartement,  son bureau se trouve sur la gauche en entrant, et la salle d’attente sur la droite. Les deux salles avaient la porte grande ouverte. Seulement,dans son bureau se trouvaient de jolis jouets attrayants. Ni une ni deux, les petites Crapules se sont immédiatement dirigées vers le bureau du médecin. Je suis donc allée dans son bureau avec les petits en l’attendant. Quand soudain elle débarque et me regarde avec ses deux bras sur chaque côte en me disant « ah mais ce n’est pas du tout comme ça que ça devait se passer! La salle d’attente, c’est à droite, c’est là qu’il fallait m’attendre vous n’avez pas vu? » moi: »ah si si j’ai vu mais mes bébés ont vu les jouets, je ne vois pas comment je les aurais empêché d’aller vers eux… ».la réponse était un mélange de consternation. « je vois » et de constat d’un manque d’autorité flagrant de ma part…j’ai juste pensé que si elle ne voulait pas qu’on aille dans son bureau,pourquoi laisser la porte ouverte? Ne m’avait-elle pas entendu sonner deux fois? Parce que moi je l’ai attendue 5 bonnes minutes avant qu’elle ne débarque sur ses grands chevaux. Je l’entendais blablater avec une consoeur au fond de l’appartement. Pourquoi n’est-elle pas venue à ma rencontre pour m’accueillir? Je diagnostiquais donc de mon côté une défaillance franche de son sens de l’accueil. 1 partout.

Quand elle s’est assise à son bureau, elle me dit alors que ça allait être dur pour Maxi Crapule de nous rejoindre et de se concentrer après le jeu. Ni une ni deux, je prends Maxi Crapule et l’assieds sur la chaise en face d’elle. « vous pouvez lui parler il vous écoute ». Et il l’a écoutée. Il a répondu comme il pouvait, avec ses mots d’enfant de pas encore troizans. Il a tracé des cercles sur sa feuille comme elle lui avait demandé. J’étais fière. Mais elle n’a pas donné d’explication. J’étais frustrée.

La parlotte 

Elle lui a demandé qui donc était la petite fille avec qui il était venu. Il a répondu « Lou ». (moi intérieurement :très bien mon fils) Elle n’a pas entendu. Elle lui a fait répété.  Il en avait marre. Il s’impatientait. Qu’est-ce qu’elle me veut celle-là. Le train en bois il est vachement plus intéressant.

Je l’ai laissé jouer. 

Elle me regarde et démarre un discours qui me plaît autant que son accueil. « si Maxi Crapule sort de son lit, c’est parce que vous l’y avez mis trop tôt, puis faire tout en même temps (déménagement /changement de chambre…) c’était trop pour lui…il faut savoir qu’un enfant peut aller dans un lit à barreau jusqu’à 4-5 ans. Vous pouvez le remettre dans son petit lit, et ne plus répondre à ses demandes ainsi. »

Choc frontal partie 1. C’est donc ça que je n’ai pas compris dans le chapitre « j’éduque mon enfant »… Je dois le laisser brailler afin de préserver mon sommeil. Aaaaaahhhh. Eurêka. Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt. Comment ai-je pu croire que le rôle d’un parent est de répondre aux besoins de ses enfants? Aberration.

Je pense qu’à ce moment là précis, Madame psychologue m’a perdue. J’ai fait un blocage et ne lui ai répondu que par des onomatopées ensuite. « Oh » « ah » « mmmhhhmmmm ».

Elle a donc enchaîné par des exemples, histoire de bien développer ses dires « s’il vous appelle à 5h du mat et que vous ne lui répondez pas il va se rendormir. Si vraiment vous voulez lui répondre, utilisez ce qu’on appelle des mots frein. » stop » « ça suffit » « dors » « tais-toi ». Il saura alors que vous n’êtes pas disponible pour lui »

Choc frontal partie 2. J’ai quand même réussi à ouvrir la bouche en demandant naïvement « c’est pas un peu violent? ». Ce à quoi elle m’a répondu que le enfants ont besoin de cadres. J’ai bien compris que ses cadres ressemblaient à de jolis barreaux dorés…

La minute charlatant:

Lorsque Maxi Crapule a commencé à exprimer son mécontentement d’être là et son impatience, Madame la psy a sorti un « stop » sec et vif, ce qui l’a tout de suite réprimé dans ses envies de chouinage. Alors que le papa la regardait d’un air admiratif en cherchant mon regard approbateur style « t’as vu ça marche!!! », moi je me demandais si ce n’était pas une caméra cachée…Sérieusement? Une inconnue, dans un endroit inconnu, qui te hurle un « stop » à te faire s’emballer ton cœur, tu t’arrêtes pas toi?…

L’analyse des situations réelles

Finalement, ce n’était même pas la pire partie, comparé à ce qui a suivi. J’ai créé une mise en situation qui lui a donné tout le loisir de me reprendre. Elle a dû s’extasier devant une telle preuve de manque d’éducation de ma part. Explications: je demande au bout de quelques instants aux Crapules de ranger les jouets. Pas que cette séance de torture me déplaise mais je préfère m’auto-flageller dans l’intimité. Je demande donc « on va commencer à ranger svp les Crapules ». Tu la vois l’erreur? J’ai osé dire s’il vous plaît à mes enfants. Honte sur moi. Je suis la pire mère du monde.

Ben oui voyez-vous,  on ne demande pas de cette manière une action à ses enfants, sinon cela laisse la porte ouverte aux petits manipulateurs de dire non. De ne pas obéir. D’exterioriser son démon interne en se transformant en furie qui casse tout. S’il-vous-plaît. On ne dit pas s’il vous plaît lorsque qu’on exige quelque chose de son enfant. J’ai vraiment tout à revoir en fait…

Elle m’a donné le coup de grâce lorsque je m’adressais à ma fille, et que je lui expliquais que le calvaire ne durerait pas plus que 5 minutes supplémentaires, mais que je comprenais son impatience parce que moi aussi j’étais fatiguée. « pas besoin de donner d’explication à votre enfant, c’est stop et c’est tout. Elle ne comprend pas elle n’a qu’un an et demi elle ne veut pas savoir que vous êtes fatiguée. » Choc frontal partie 3. On n’explique rien à un enfant. C’est comme ça picétou. Je dois vraiment être hermétique au monde de l’éducation.  C’est encore loin de mes envies et de mes principes éducatifs de penser comme ça. Mais je dois avoir tort. Après tout, c’est elle qui a fait 10 ans d’études et qui est spécialiste.

Bon, ya quand même un truc sur lequel j’ai suivi son conseil. Fini les trois lampes allumées dans la chambre de Maxi Crapule, l’effet « il est midi à 2h du mat' » c’était clairement pas une bonne idée. Dorénavant c’est une veilleuse et c’est tout. Sans oublier notre rituel, câlins, « comment on fait pour faire dodo on ferme les ? » (réponse) « zieuuuuux » « et on ferme la? » « bouuuuche ». Fais des rêves qui font rire et à demain. Important le « à demain ». Ça prouve que vous serez toujours là demain. Même s’ils savent pas ce que c’est. Dixit Mme Psy. D’ailleurs même quand on part en vacances. « Faut leur dire le jour même. Pas la peine de les mettre dans la confidence deux mois avant, ils verraient rien arriver et ne vous croiraient plus. Ou pire, croiraient que vous mentez ». Idem pour Noël. Les anniversaires.  Etc…

Bref. Mon ressenti après la séance? Ça ne colle pas. Ça n’adhère pas à ma vision de l’éducation. Mais je ne jette pas bébé avec l’eau du bain comme on dit. Je garde quelques idées qui germent dans mon esprit et que j’adapte à notre vie. Est-ce que ça a changé depuis notre rdv? Non. Il vient toujours dans notre chambre et a refait un caca parterre. Mais je pense qu’il était prématuré de voir quelqu’un. Beaucoup d’enfants passent par ces étapes, ça ne dure pas. Au pire je préviendrai les surveillants du bac si Maxi Crapule rechigne toujours à faire ses besoins au bon endroit.

Ça m’aura tout de même démontré une chose encore une fois. Il faut se faire confiance. Je sais à quels moments j’ai merdé, j’ai compris je referai plus. Mais l’éducation c’est aussi apprendre à devenir parents. En même temps que ses enfants grandissent. C’est une perpétuelle remise en question.

En plus je vais voir ma gourou Isabelle Filliozat à la fin du mois, je suis sûre que son discours sera plus bénéfique que cette séance chez la psy. Et en plus mon banquier sera content, c’est moins cher.

Et toi, tu es déjà allé voir un/e psy? T’en as pensé quoi?

psy

image chipée chez aufeminin.com

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La dame du bus

Je ne sais pas si je vous l’ai dit, ce matin, mon fils a fait son premier caca-pot.

Fierté de folie. J’ai créé un homme qui sera bientôt propre.

Je ne sais pas si je dois vous le dire, mais j’ai carrément envoyé la photo à son papa. Oui. Je l’ai fait. J’ai osé. I did it.

Fierté. Fierté.

Ce soir, il me manquait de la crème pour faire un de mes repas préféré: un gratin de courgettes – ravioles. (Oui je passe d’un sujet à un autre avec la souplesse d’une gymnaste faisant un pas chassé-croisé)

Du coup, je suis allée avec ma fierté au supermarché du coin en acheter. Je vais l’exposer ma fierté, montrer au monde que mon fils devient un petit homme.

Il a voulu acheter du jus de citron. Alors on l’a acheté. Bouh vilaine mère qui cède à tous les caprices. Je lui ai acheté du jus de citron, il va finir délinquant.

On est passés devant le monsieur qui vend des calendriers. Il nous donne toujours des bonbons quand on passe devant lui. Alors on lui a donné des sous. Pour le remercier de toutes ses attentions envers mes Crapules. Maxi Crapule a donné la pièce.

Fierté. Mon bébé apprend à être généreux, et à remercier. Fierté.

Puis nous avons traversé la route. Enfin, je voulais qu’il traverse la route. Mais il préferait rester collé au poteau. Tellement drôle ce poteau penché. Sûrement un pilote de la route qui a voulu donner un côté artistique à cet objet sans intérêt.
Alors j’ai apâté. J’ai sorti du sac de courses le jus de citron. Et il est venu. Bouh vilaine mère qui négocie avec son fils.

Puis on a traversé. Et on a continué notre route direction chez nous.

Et là c’est arrivé.

Il était fier avec son jus de citron à la main. Alors il a foncé droit vers la dame assise à l’arrêt de bus. Comme un aimant. Droit devaaaaaant. Que je te tends mon jus de citron que j’ai fait acheté à ma mère.

Et la dame a esquissé un sourire. Sans doute qu’elle le trouvait beau. Plus beau que tous les bébés garçons (Quoi? J’imagine ce qu’elle a pensé en voyant mon fils c’est tout).

Mais j’ai relevé la tête et j’ai vu des larmes. Peut-être n’aimait-elle pas le jus de citron?
Ou les enfants.
Ou les enfants au jus de citron.

Alors je lui ai demandé ce qui n’allait pas. Si je pouvais l’aider peut-être? Ou si je devais appeler quelqu’un pour elle?

« C’est le boulot ».

Alors on a parlé. Maxi Crapule s’est assis à l’arrêt de bus le temps que je sorte ma casquette de maman qui écoute les dames qui pleurent en voyant du jus de citron. Il a été super sage. Il a attendu patiemment qu’on parte pour faire les derniers 50 mètres qui nous séparaient de notre immeuble.

« Trop de pression au boulot. On me demande d’aller vite pour plus de rentabilité. Je suis coiffeuse. Oui ce salon de coiffure oui. Les coupes ne sont pas chères alors on ne peut pas se permettre de perdre du temps. Mais moi je travaille tranquillement. Je n’aime pas me presser et faire mal. Je veux que les clients reviennent parce qu’ils ont aimé ce que je leur ai fait. »

A ce moment là, je me dis que le monde du travail…bref. Et je me dis aussi que mon fils est un sacré petit homme. Est-il allé volontairement vers elle? Est-ce qu’il voit la souffrance des gens? C’est quand même incroyable d’aller comme ça vers les gens et de se retrouver face à des blessures sûrement enfouies. Ou peut-être qu’il voulait simplement lui donner le jus de citron finalement.

Quoiqu’il en soit, je suis sûre que ça a fait du bien à cette dame d’en parler. Sans doute aurait-elle craqué en arrivant chez elle plus tard. Ou alors elle aurait avalé son chagrin comme chaque jour jusqu’à exploser. Je ne dis pas que ça n’arrivera pas simplement grâce à notre conversation. Mais quand même. On ne prend plus le temps. De se parler, d’echanger. Le pouvoir de l’échange. Redevenir simplement humains. S’ecouter. Avoir de l’empathie. Les valeurs que je veux transmettre à mon fils. À ma fille. Quoi de mieux que de leur montrer?

Fierté.
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