Mon Préma a trois ans

On se dit que le temps va passer et nous faire oublier les mauvais moments. On pense pouvoir maîtriser de mieux en mieux ses émotions face à ses souvenirs qui hantent. Mais en fait, on n’oublie jamais rien on vit avec comme dirait Hélène Segara. 

Je savais que je n’oublierais pas. Les longues heures à attendre notre rencontre incertaine. Les micro-moments après ta naissance à vouloir te voir à tout prix en salle de réa. Apprendre à changer ta couche sous la couveuse. Appréhender chaque nouvelle visite par peur d’apprendre une nouvelle perte de poids qui t’eloignerais plus de moi. Ne pas savoir si tu avais bien bu tes 2ml de lait par sonde gastrique. 2ml. Attendre le feu vert des médecins qui nous donnerait enfin le pass de notre nouvelle vie avec toi.

J’dirais pas que ça s’amplifie. Des flashs apparaissent de temps en temps et me rappelent un couloir, une odeur, un passage de nos instants passés à l’hôpital. Tout ce stress qui m’envahissait dès que je te quittais. Cette peur de partir pour ne peut-être plus te revoir en forme. Ma folle envie d’être maman qui m’a été complètement volée par des machines. Devoir être forte devant toi pour te donner ma force. Alors que je voulais seulement crier et pleurer. Être avec toi. Mon bébé.

Et voilà que nous sommes déjà à la veille de ton 3e anniversaire. Qui accélère donc le temps? Comment c’est possible? 

3 ans que tu m’as fait l’immense cadeau d’être ta maman. Si j’avais su. Si j’avais su à quel point cela allait me changer. Si j’avais su comme ça allait être bien plus compliqué que prévu. Toi, moi, ton papa. Puis quelques temps après ta petite soeur. Une petite famille. Ta famille mon amour. Même si tout ne se passe pas comme je l’avais imaginé,  j’emmagasine tous les bons moments que je vis avec toi, et avec ta soeur pour que votre avenir soit le plus simple et beau possible. 

Mais en attendant, c’est toi le roi du jour. Tu es le roi aujourd’hui, mais mon petit prince tous les jours. Ton petit caractère. Tes mots de mi-bébé mi-enfant. Tes expériences. Mon impatience. Et surtout tes rires, ta joie de vivre, ton insouciance. J’aime tout chez toi. Tes petites mains qui me serrent avant de t’endormir,tes câlins inattendus sur le canapé, ta complicité avec mini Crapulette.

Tout. Tout. Tout. Même tes pipis parterre, tes dessins sur le mur et la salle de bain qui se transforme en piscine. Parce-que je sais que tu découvres tout pour la première fois et que ça te fait encore marrer. Je te regarde faire et on crée des souvenirs. Que je te rappellerai quand tu auras 18 ans. 

Joyeux anniversaire mon tout-petit. Je t’aime plus que tout, oui, même plus que le chocolat et les sushis. Le bonheur de ma vie c’est toi. 

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Le jour où je l’ai rencontré

Il est 22 heures. L’ambiance est calme. Trop. Je n’aime pas cette atmosphère si sereine et tendue à la fois. J’erre dans les couloirs, à la recherche de contractions que je veux voir venir, mais qui en même temps me terrorisent. Pourquoi moi? Pourquoi maintenant? C’est trop tôt. Quelques heures auparavant, un flot inconnu était venu me réveiller de mon sommeil léger.

C’était tôt le matin. Et trop tôt dans la grossesse. Pas encore 7 mois révolus. 32 SA. Pas possible. Pas maintenant. Je perdais les eaux. J’appelais la clinique totalement apeurée, complètement paniquée, pas encore réveillée.

Il a fallu que je me rende à l’hôpital niveau 3. Celui dans lequel je ne voulais pas accoucher car « pour moi le niveau 3 c’est pour les grossesses à risque. Pour moi tout va bien, pas besoin de les solliciter ». En une fraction de seconde, je me retrouve du côté des mamans ultra surveillées, celles qui doivent faire plus de prise de sang et des examens approfondis. On doit vérifier que le bébé sera capable de gérer cela. Cela quoi? Cette arrivée soudaine, cette naissance tellement attendue, mais tellement pas comme ça.

Il est 22 heures, cette soirée du 13 octobre 2013. Je me promène dans les couloirs sombres et sans âmes de ce grand hôpital. Je discute avec une jeune maman. Ce que je serai dans quelques heures. Puis on m’appelle pour un monito de contrôle. Je descends. Je crois. Je ne sais plus trop car je suis dans une bulle. Le temps s’est arrêté. Il est l’heure de la première vraie contraction. C’est donc ça. Cette douleur en plein dans le ventre. Celle dont tout le monde parle tant. Ce ressenti unique que seules les mamans connaissent.

Il est l’heure d’appeler le papa. On va me poser la péridurale. Qui ne marchera que d’un côté. Je suis concentrée sur cette putain de douleur qui me fige et me fait hurler. Je me sens seule. Je suis seule à pouvoir gérer ce qui se passe. Pourtant je ne comprends pas ce qui se passe. Je devais partir pour me reposer, commencer mon congé maternité, préparer la chambre de mon bébé chéri. Mon garçon. Je dois lui acheter un matelas. Je n’ai pas encore son matelas de prêt. Rien n’est prêt. Ni dans sa chambre, ni dans ma tête. C’est le brouillard. Dehors le temps est dégueulasse. Ma chambre d’accouchement n’est éclairée que par des lampes aveuglantes. Il est minuit, peut-être une heure.Je ferme les yeux, gère les contractions comme je le peux. Je rouvre les yeux, je ne sais plus quelle heure il est sur l’horloge, mais il est l’heure de pousser. 3 médecins me regardent. Je ne sais pas quand ils sont entrés. Je n’ai fermé les yeux qu’un instant pourtant. Je ne sais pas pousser, aidez-moi, dites-moi ce que je dois faire. Je pousse de toutes mes forces. Il pousse son premier cri. Mon tout nouveau cœur de maman est rassuré. Il est en vie. Mon bébé, mon tout-petit. Qu’est ce qui va t’arriver? Qu’est ce qu’on va te faire?

Je me sens coupable. A cause de moi tu vas subir un début de vie fragile. Tu vas être suivi par pleins de médecins. Je ne vais pas pouvoir te prendre dans mes bras. Je ne vais pas pouvoir faire le peau à peau dont je rêvais tant. Je pense à ça, mon peau à peau que je n’aurais pas. Je suis qu’une égoïste. Je ne sais pas encore tout ce qui va t’arriver. J’ose espérer que comme je t’entends pleurer, respirer, vivre, tu auras un traitement particulier. Un combat plus doux que d’autres. Tu es déjà tellement fort. Je veux te donner toute la force que j’ai en moi pour que tu vives, pour que tu te relèves de ce que je te fais subir.

Je m’en veux tellement mon petit cœur. Je sais qu’il ne faut pas, que je n’ai pas à me sentir coupable. Mais si. Je m’en veux. Et ce sera comme ça à vie. Je me rappellerai toujours de ces instants que j’aurais préféré ne jamais vivre.

Il est 4h03 ce 14/10/2013 et tu arrives en fanfare.
4h03. 14/10/13. 1580 grammes. 39,5 centimètres.
J’aime pas les maths. J’aime pas les chiffres. Surtout ceux qui font mal et donnent le vertige.

Au milieu de ces instants difficiles, ce sont tout de même faufilés de vrais moments de bonheur. Comme la première fois où je t’ai pris dans mes bras. Je ne m’attendais pas à pouvoir te serrer contre moi aussi vite. Le soir de ta naissance, on m’a proposé de faire comme si je venais d’accoucher. Mon peau à peau dont je rêvais, en décalé. Je ressentais ton petit corps contre le mien et je me sentais enfin maman.
Il y a eu tous ces allers-retours à l’hôpital pour te voir, voir tes progrès, te donner du courage, te transmettre ma force. Ne jamais flancher, ne pas pleurer. C’est de joie, de bonheur, de rire dont tu avais besoin. Mes larmes ne sortaient que lorsque je franchissais la porte qui me séparait de toi. Il y a eu ce moment où j’ai su que je pourrais ne t’avoir que pour moi. Une chambre « kangourou » nous attendait. Bonheur suprême. Je me suis enivrée de toi. J’avais besoin de toi. Je ressens toujours une petite douceur au creux de mon ventre quand je pense à toi. Comme les papillons que l’on ressent lorsque l’on aime d’un amour intense.

Puis nous sommes enfin rentrés. Notre vie à 3 commençait. Des bonheurs, il y en a eu tellement d’autres depuis. Des sourires, des areuh, des bisous.

Je suis raide dingue de toi mon petit namoureux. Tu es beau, tu es divinement beau. Plus parfait que j’aurais pu l’imaginer. Une vraie Crapule.

Merci de me rendre fière, merci d’être venu dans ma vie, merci de faire de moi ce que je suis. Une maman heureuse.

Joyeux anniversaire mon bébé. 2 ans que je suis ta maman. Déjà. 24 mois à vivre en volant et en tournoyant dans les airs. (J’ai croisé O-Zone, ‘sont toujours pas descendus de leur aile d’avion ceux-là)

Je t’aime mon petit cœur chéri. A la folie d’amour jusque dans les étoiles.

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Source: cmonanniversaire.com