30

Le 29 novembre dernier, je suis passée de l’autre côté. Tu sais, ce côté où tu peux dire « ahhh vous les jeunes, vous n’avez pas connu ça » et « il y a 20 ans ce n’était pas comme ça ». C’est aussi le côté où on récupère vraiment moins bien après une soirée qui se termine à 2 du mat’, et qui fait qu’on a les yeux gonflés au réveil. A moins que ce ne soit l’abus d’alcool (qui est dangereux pour la santé étou étou) qui fait ça?

Bref, tu l’auras compris, j’ai eu 30 ans.

Et comme à chaque décennie, je fais le bilan. Bon, à 10 ans je l’avais pas fait, le bilan était encore faible. A 20 ans je ne l’ai pas fait non plus, j’étais trop occupée. Donc mon 3e bilan de décennie-que-je-ne-fais-pas-à-chaque-décennie est pour le moins long à établir et sûrement pas celui que j’aurais aimé faire lorsque j’étais petite.

Parce que quand j’étais petite j’imaginais que chacun arrivait à 30 ans avec sa vie idéale, ses souhaits exaucés et une plénitude assumée. J’espère te dire à 40 ans (si je fais un bilan – autre que sanguin) que j’y suis arrivée, yes, ma vie est une cerise sur le gâteau, un pompon sur le béret. Pour le moment, je n’y suis pas. Je m’y approche, j’y tends, mais j’y suis pas. J’ai quasi tout pour y être en fait. Mais un événement récent fait que mon équilibre s’est retrouvé déstabilisé. Comme quoi tout peut flancher pour un rien. Tout ce que je prenais pour acquis c’est transformé en un vrai cauchemar.

Ce n’est pas moi ça. Moi j’aime prendre la vie du bon côté, sourire et positiver. Du coup je ne me reconnais plus. C’est peut-être la crise de la trentaine? C’est peut-être aussi la réalité qui me rattrape. La réalité moche et dure comme les gens sans espoir aiment la voir. 

J’ai toujours voulu tendre vers une vie sans grands chambardements, pas monotone mais calme et paisible, ponctuée d’aventures fascinantes  comme lorsque j’ai donné la vie à mes bébés. Je pensais partager tout cela avec un homme qui me soutiendrait, pour qui je resterai toujours une femme battante et qui ferait son admiration, au moins parfois, pour qu’il se rappelle pourquoi il est a mes côtés et partage ma vie.

Force est de constater que je vivais vraiment dans un rêve. Ma vie idéale, même si finalement elle en était loin, parce qu’on subissait des dommages et des cassures de temps en temps, a pris fin avec mes rêves de petite fille. 

Aujourd’hui je n’ai pas envie de fêter mes 30 ans. J’ai la tête partout sauf dans la fête. A l’extérieur je suis forte, je continue à sourire parce que je sais faire que ça. Et que mes bébés ont besoin de moi comme ça. Mais à l’intérieur je suis brisée et affaiblie comme jamais je ne l’ai été. Je broie du noir et les souvenirs dans ma tête de cette vie que je pensais parfaite se brisent pour me faire comprendre que j’étais juste naïve et bien trop optimiste comparé à ce qui m’attendait. Et cette phrase qui m’envahit même si je l’empêche de prendre le dessus « si j’avais su »…

Si j’avais su j’aurais pas venu. Ça c’est sûr. Mais j’aime penser qu’on se relève toujours de ses blessures, et que ce qui ne tue pas rend plus fort. Un jour je serai plus forte. Intérieurement. Un jour je vous ferai un bilan super positif sur ma vie qui est redevenue un rêve. En même temps tout va bien, mes bébés sont en bonne santé, ils grandissent et s’épanouissent plus que bien. C’est juste ça l’essentiel.Une seule personne ne peut pas briser un monde. Ou alors seulement momentanément.

Ensuite on se relève et on reprend le dessus. Parce que c’est ça la vie à 30 ans. Savoir ce qu’on veut et tout faire pour atteindre ses objectifs personnels. Et aussi embellir sa vie et celle des autres.

La dame du bus

Je ne sais pas si je vous l’ai dit, ce matin, mon fils a fait son premier caca-pot.

Fierté de folie. J’ai créé un homme qui sera bientôt propre.

Je ne sais pas si je dois vous le dire, mais j’ai carrément envoyé la photo à son papa. Oui. Je l’ai fait. J’ai osé. I did it.

Fierté. Fierté.

Ce soir, il me manquait de la crème pour faire un de mes repas préféré: un gratin de courgettes – ravioles. (Oui je passe d’un sujet à un autre avec la souplesse d’une gymnaste faisant un pas chassé-croisé)

Du coup, je suis allée avec ma fierté au supermarché du coin en acheter. Je vais l’exposer ma fierté, montrer au monde que mon fils devient un petit homme.

Il a voulu acheter du jus de citron. Alors on l’a acheté. Bouh vilaine mère qui cède à tous les caprices. Je lui ai acheté du jus de citron, il va finir délinquant.

On est passés devant le monsieur qui vend des calendriers. Il nous donne toujours des bonbons quand on passe devant lui. Alors on lui a donné des sous. Pour le remercier de toutes ses attentions envers mes Crapules. Maxi Crapule a donné la pièce.

Fierté. Mon bébé apprend à être généreux, et à remercier. Fierté.

Puis nous avons traversé la route. Enfin, je voulais qu’il traverse la route. Mais il préferait rester collé au poteau. Tellement drôle ce poteau penché. Sûrement un pilote de la route qui a voulu donner un côté artistique à cet objet sans intérêt.
Alors j’ai apâté. J’ai sorti du sac de courses le jus de citron. Et il est venu. Bouh vilaine mère qui négocie avec son fils.

Puis on a traversé. Et on a continué notre route direction chez nous.

Et là c’est arrivé.

Il était fier avec son jus de citron à la main. Alors il a foncé droit vers la dame assise à l’arrêt de bus. Comme un aimant. Droit devaaaaaant. Que je te tends mon jus de citron que j’ai fait acheté à ma mère.

Et la dame a esquissé un sourire. Sans doute qu’elle le trouvait beau. Plus beau que tous les bébés garçons (Quoi? J’imagine ce qu’elle a pensé en voyant mon fils c’est tout).

Mais j’ai relevé la tête et j’ai vu des larmes. Peut-être n’aimait-elle pas le jus de citron?
Ou les enfants.
Ou les enfants au jus de citron.

Alors je lui ai demandé ce qui n’allait pas. Si je pouvais l’aider peut-être? Ou si je devais appeler quelqu’un pour elle?

« C’est le boulot ».

Alors on a parlé. Maxi Crapule s’est assis à l’arrêt de bus le temps que je sorte ma casquette de maman qui écoute les dames qui pleurent en voyant du jus de citron. Il a été super sage. Il a attendu patiemment qu’on parte pour faire les derniers 50 mètres qui nous séparaient de notre immeuble.

« Trop de pression au boulot. On me demande d’aller vite pour plus de rentabilité. Je suis coiffeuse. Oui ce salon de coiffure oui. Les coupes ne sont pas chères alors on ne peut pas se permettre de perdre du temps. Mais moi je travaille tranquillement. Je n’aime pas me presser et faire mal. Je veux que les clients reviennent parce qu’ils ont aimé ce que je leur ai fait. »

A ce moment là, je me dis que le monde du travail…bref. Et je me dis aussi que mon fils est un sacré petit homme. Est-il allé volontairement vers elle? Est-ce qu’il voit la souffrance des gens? C’est quand même incroyable d’aller comme ça vers les gens et de se retrouver face à des blessures sûrement enfouies. Ou peut-être qu’il voulait simplement lui donner le jus de citron finalement.

Quoiqu’il en soit, je suis sûre que ça a fait du bien à cette dame d’en parler. Sans doute aurait-elle craqué en arrivant chez elle plus tard. Ou alors elle aurait avalé son chagrin comme chaque jour jusqu’à exploser. Je ne dis pas que ça n’arrivera pas simplement grâce à notre conversation. Mais quand même. On ne prend plus le temps. De se parler, d’echanger. Le pouvoir de l’échange. Redevenir simplement humains. S’ecouter. Avoir de l’empathie. Les valeurs que je veux transmettre à mon fils. À ma fille. Quoi de mieux que de leur montrer?

Fierté.
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Au boulot maman!

Mes Petites Crapules,

Demain, maman va reprendre une activité professionelle. Je vais aller dans un endroit où il y a des ordinateurs, comme celui qu’on a à la maison, je vais taper sur le clavier, et je vais répondre au téléphone. Je vais retrouver d’autres mamans, d’autres papas, et d’autres pas papa et pas maman et on va tous faire ça.
Dit comme ça, ça a l’air chouette hein. C’est comme un jeu. Je vais faire ça pendant que vous serez à la crèche. Maman sait que vous êtes bien à la crèche, donc je ne me fais pas de soucis. Pendant que je travaillerai, je penserai beaucoup, beaucoup à vous.
A ces deux années qu’on vient de passer ensemble. Vous avez transformé ma vie et l’avez rendue plus belle. Vos tout-petits vêtements, vos doudous, vos petites têtes blondes…

Je suis partie il y a deux ans, et durant ces deux années, j’ai eu deux grossesses, un bébé préma, deux retours à la maison, des séjours à l’hôpital, des nuits courtes, des visites chez la pédiatre, l’ophtalmo, des cadeaux taille naissance, des prénoms à choisir, une nouvelle vie à imaginer, du bordel dans le salon, des biberons à donner, des jouets à ranger. Des rires ont retentis, des pleurs aussi.

Après une immersion de 24 mois, notre bulle va se modifier, pour laisser place à une nouvelle étape. Il fallait bien que ça arrive un jour, ce jour c’est demain.

Je suis sûre que cela va être bien plus dur pour moi que pour vous deux. Comme le jour où vous avez été à la crèche pour la première fois. Ces quelques heures qui vont nous séparer vont nous permettre de mieux nous retrouver. Je vais vous bouffer, y aura pas le choix. Je vais vous apprendre à me faire une haie d’honneur à chacun de mes retours 😂

Mon retour au travail va me permettre de vous gâter comme j’aimerais tout le temps pouvoir le faire.
Maxi Crapule, tes 2 ans arrivent à grands pas, nous te ferons une belle fête avec des ballons et des gâteaux au « colat ». Ma Mini Crapulette tu ne seras pas en reste pour tes 1 an qui vont si vite arriver.

Voilà. Ce soir j’avais juste besoin que vous sachiez que maman vous aime par-dessus tout, à la folie d’amour jusque dans les étoiles, même si on va moins se voir. J’ai constament cette vague dans mon ventre qui me rappelle que vous avez été là-dedans, que vous serez à jamais en moi, chaque seconde à chaque instant.

Gros gros prout dans votre cou.

Maman Pouet pouet.

Je suis une princesse Disney

Non en fait, je suis toutes les Princesses Disney. Rien que ça.

Ca y est, elle a le melon. Ou alors elle est folle. Ou alors elle est folle de melon.

Tu ne me crois pas? Pourtant c’est évident, ça se voit comme une Crapule au mileu d’un salon rangé.

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Source: Wikia.com

D’abord, je suis Ariel. Toujours sous l’eau. Glouglouglou. Et je fais beaucoup de lessives aussi. Mais ça c’est pas la même Ariel…

Ensuite je suis Cendrillon. C’est pas qu’il me manque une chaussure, non. C’est que mon deuxième prénom est « Ménage », jamais sans mon balai. Et même pas besoin d’attendre minuit pour ressembler à une grosse citrouille.

Puis je suis Pocahontas, considérée comme une indigène par les autres personnes errantes dans les supermarchés, les autres patients chez le médecin, les automobilistes, les usagers du bus etc…

Je suis aussi Mulan, tchac tchac, on coupe les légumes, on en fait de la purée. Et on se bat contre les bobos en tout genre.

De temps en temps je suis Jasmine, prisonnière de mon palais appart. Avec deux bébés, dur dur de se confronter aux escaliers/ routes/ humains.

Je suis Blanche Neige depuis ma première grossesse. Tu connaissais le masque de grossesse? Celui qui te fait ressembler à Rose MacGowan dans Charmed, ou pire, Mickael Jackson, parce que si tu ne mets pas de crème solaire indice UV 250, tu prends le risque de te trimbaler un masque plein de tâches. Et j’avais pas non plus envie de parler de mon côté Marsupilami.

La Belle et la Bête, pour ma part, c’est plutôt la Belle ET la Bête. Deux-en-une. Autrement appelée « éducation ». Hop, la Belle, tout va bien, les petits sont sages et hop mwhahahaha, utopie, les petits deviennent infectes, chouinent…et là…faut calmer la bête qui sommeille en soi.

Par contre, y a bien une Princesse Disney que je ne suis pas. Mais alors pas du tout!

La Belle au Bois Dormant.

La Belle, ça fait bien longtemps que c’est plus le cas. Quand j’ai le temps de me raser les jambes sous la douche je chante l’hymne Américain en faisant la roue. Alors bon. Et le Bois Dormant se peuple bizarrement d’un être haut comme trois pommes, braillant vers 1h du matin. Alors le bois, il a beau faire 160 x 200, à trois, il est loin d’être dormant. Il est plutôt bancal.

Ce qui me rassure, c’est que toi aussi tu es un combo de Princesses Disney.

(Je n’ai pas parlé de La Reine des Neiges. On va dire que c’est volontaire).

(Libéréééé, délivréééé)

(La chanson dans la tête, c’est cadeau)

Au bout du boulot

J-30!!

Haaaaaaaaa!!

Reprise du boulot. Après 2 ans. 2 ans durant lesquelles j’ai materné, donné la vie, deux fois, dorloté, cajolé, aimé, versé des larmes, pleuré de joie, ri aux éclats, entendu des premiers mots, vu des premiers pas, eu très peur des premières chutes…

Deux années aussi intenses que magiques. Mon rôle de maman. Le rôle que j’attendais tant. Le meilleur rôle.

Quand je suis partie, je ne m’attendais pas à cette déferlante d’émotions, ces montagnes russes de sentiments, ces sueurs froides…je ne partais pas accoucher, je partais me reposer, profiter de mes derniers moments avant bébé.

Pourtant…

Je suis partie le 9/10/2013 au bout du rouleau, traînant une grossesse pas simple tous les jours mais que je vivais bien quand même. La gygy avait eu raison de moi. « Faudrait songer à se reposer maintenant ».
J’ai perdu les eaux le 12. Accouché le 14. Vécu des choses terribles, des premiers instants fragiles et de la retenue, beaucoup de retenue. Rentrés le 8 novembre chez nous. Apprendre une nouvelle vie à trois. Ton premier Noël. Tes premiers sourires. Tes premiers kilos.

Puis une nouvelle nouvelle. Je vais déjà être re-maman. Va falloir emballer les émotions et les garder pour plus tard. On remonte dans le train en marche rapide. Mon second accouchement. Ma fille dans mes bras. Ma vie dans mes bras. La petite soeur. Ma deuz’. Notre vie à quatre.

Je le dis vite parce que je l’ai vécu de la même manière.

Mon poste. Ma chaise au bureau. Je l’ai quittée hier. J’y retourne dans 30 jours. 30 petits jours. Commencer une vie « classique ». Retourner bosser avec en tête mes deux amours, mes deux bonheurs, les petits êtres de ma vie. Ce ne sera plus jamais pareil.

Pourtant mes clients, mes collègues, mes supérieurs, eux, n’ont pas changé. Ce sont toujours les mêmes (pour la plupart). L’impression de revenir en arrière. Ca fait très bizarre.

Paraît que ça va me faire du bien. Peut-être. Ou peut-être pas.

Ce qui me ferait du bien ce serait d’être comme les Kardashians. Vivre sans se soucier de choses tellement futiles comme euh…ah oui tiens! Savoir si les courses sont faites? Si le prix de l’essence a augmenté? Si la machine à laver va encore tenir ce mois-ci?
Ce serait bien hein. Je vais aller parler à Kourtney. Elle a l’air sympa elle. Faut que je lui dise deux mots.

Remarque, les pauvres, elles ne savent même pas changer une couche, elles. Vive les nourrices!

Je vais reprendre à taux partiel (oui je passe du coq à l’âne très facilement, faudrait que je songe à en faire un métier), du coup j’aurai mon lundi de libre. Les joies du congé parental. Amen.

Je vais être comme tous ces gens qui vont bosser en attendant impatiemment le vendredi. A la différence que moi, le lundi ne me deprimera pas 😄

En fait je dois être faite à l’envers. Quand je vois toutes ces mamans qui me parlent de leur besoin de retrouver une vie sociale, la nécessité qu’elles ont de parler d’autre chose que de pipi-caca-couche-bobo. Attention je ne critique pas hein! Je dis juste que je ne pense pas comme ça en fait. Je n’arrive pas à me dire que ma vie d’avant est droit devant moi, et que je vais y replonger dans quelques jours. Mais bon, je vais m’y faire! J’espère que ça passera vite, et que ça me paraîtra normal rapidement.

Advienne que pourra! Boulot me voilà!